Sur la scène, trois fauteuils en cuir confortables posés sur un tapis de sol élégant. 

Deux des fauteuils latéraux sont occupés par Sylvia et Léonard, un couple sans nouvelles de leur fils Théo.

Le fauteuil central reste inoccupé.

L’ indication « Au spectateur » rappelle que la pièce se joue avec le public (et pas seulement devant lui). La mise en scène usera  de cette indication selon ses besoins.

L’indication «  silence » est là pour rythmer le texte lu. La mise en scène disposera les éventuels silences selon son rythme propre.

Léonard, costume noir, chemise, cravate, chaussures noires. Sylvia, une élégante vêture de star des années cinquante, des talons hauts.

Une voix off se fait entendre alors que les lumières de la salle sont encore allumées. 

VOIX OFF -. ( Une voix un peu lente, rauque, la voix d’une personne qui engage son corps tout entier dans ce qu’elle dit, une voix qui ouvre à l’imaginaire. Il commente l’arrivée de spectateurs). Les voici. Ils arrivent tout chargés d’extérieur, avec de la joie et de la peine plein les poches, le coeur chauffé par le désir d’être là, d’être assis parmi les autres, bientôt disponibles, prêts à l’écoute. 

Chacun a trouvé sa place? 

Pouvons-nous commencer?

Les lumières de la salle se sont éteintes, le plateau s’éclaire.

Léonard entre en scène. 

Choisit de s’asseoir dans le fauteuil à jardin. 

L’attente commence par une longue immobilité. 

Léonard se baisse. 

Délace sa chaussure gauche, puis sa droite, retire ses souliers qu’il place à côté du fauteuil. 

Il agite ses pieds nus. 

Sylvia entre à son tour. 

S’assied dans le fauteuil qui est à cour. Se fait des lèvres rouge vif. 

Léonard semble plus nerveux qu’elle. 

Sylvia sort d’une petite boite un bonbon à la menthe 

Déballe le bonbon

Goute le bonbon. 

Le recrache.  (Fin de la musique) 

SYLVIA -. Trop sucré. Beaucoup trop sucré. Infect.

Léonard se lève.

Ramasse le bonbon qu’elle tient entre deux doigts comme s’il était empoisonné. Quitte le plateau

Dépose le bonbon en coulisse. 

On entend un bruit d’eau.

Léonard vient se rasseoir. 

LÉONARD -. Ton téléphone?

SYLVIA -. Voici.

 LÉONARD -. Tu as vérifié ?

SYLVIA -. Batterie chargée. Sonnerie activée. 

Le tien ?

LÉONARD -. Pareil.

SYLVIA -. Sans nouvelles, rien.

LÉONARD -. Oui.

SYLVIA -. Ça fera un an.

LÉONARD -. Un an jour pour jour. 

SYLVIA -. Il finira bien par appeler. C’est sûr, il appellera.

LÉONARD  -. Tu crois?

SYLVIA -. Bien sûr, bien sûr, il appellera.

Silence. 

La nervosité est maintenant du côté de Sylvia. 

Sylvia change plusieurs fois de position dans le fauteuil. 

Léonard la regarde. Copie sa dernière position.

Sylvia  change de position

Léonard la copie encore.

Puis, c’est Sylvia qui le copie.

Il n’y a pas d’intention parodique dans ces gestes, ce sont des actions quasi mécaniques, une façon de mettre les corps à l’unisson.

L’agitation cesse, mais le silence est tout chargé d’un vide qui pèse.

LÉONARD -. Et maintenant, quoi?

Silence encore.

Sylvia et Léonard

Personnages

Une femme / un homme, entre 40 et 40 ans.

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