L’acte 2 du Götterdämmerung de Richard Wagner s’achève. C’est l’entracte. Louis Rognac et Lorraine Vassart, ensuite Livia Gandel, puis Harriet Sturm et Serge Tollet, qui étaient dans la salle, sortent de leurs loges et rejoignent successivement le salon bleu. Ils portent des habits de soirée comme on en porte à l’opéra les jours de gala. Une idéalité, un « trop de vérité » qui touche à l’artifice, se dégage de leur aspect.
ROGNAC -. Vous semblez déçue. Ne me dites pas que vous n’aimez pas ce Götterdämmerung ?
LORRAINE -. Imaginons que ce soit le cas.
ROGNAC -. Mon univers s’effondrerait. Tout bêtement. Vous feriez de moi un homme jeté en enfer. Ce serait injuste.
LORRAINE – Pourtant, je dois vous dire que Hagen en chaise roulante et Siegfried qui tape dans le cannabis, c’est trop pour moi.
ROGNAC -. Je parle de la musique, Lorraine ! A l’opéra, moi, je me cale dans mon siège, je ferme les yeux et j’écoute la musique !
LIVIA -. De grâce, dites-lui quelque chose de positif, sinon il ne vous lâchera pas. Il est comme ça. Il sort d’un spectacle, il compte les voix « pour » et les voix « contre ». C’est l’habitude des conseils d’administration.
HARRIET -. (qui arrive) Au secours, j’ai chaud, j’ai soif, je m’évapore !
TOLLET -. Samy, le champagne est à bonne température, j’espère ? Trop froid, ça casse le bouquet. Faites-moi goûter. Très bien. Servez.